
Reportage à l’occasion de la Fête des mères 2026
De l’aide pour Oussama et toute sa famille
Lorsque le petit Oussama est soudainement pris de crises d’épilepsie, ses parents Tasneem et Abdallah Jawaadeh ne savent pas quoi faire. Le jeune couple originaire d’un village près d’Hébron trouve aide et réconfort à l’Hôpital de l’Enfance Bethléem. Aujourd’hui encore, ils n’hésitent pas à entreprendre le long et périlleux trajet jusqu’à Bethléem.
Un portrait d’Andrea Krogmann depuis Bethléem
Oussama Jawaadeh est un garçon éveillé. On ne dirait pas que son énergie débordante est liée à sa maladie. Il a quatre ans et souffre depuis septembre dernier de crises convulsives incontrôlables. Le Dr Nader Handal, neurologue à l’Hôpital de l’Enfance Bethléem, a diagnostiqué un syndrome de Dravet, une affection épileptique cérébrale rare, généralement d’origine génétique.
En ce jour de février, le petit garçon se rend à l’Hôpital de l’Enfance Bethléem pour un examen de contrôle. Dans le cabinet du Dr Nader Handal, il fait des cabrioles. Le stress causé par l’occupation israélienne pendant le trajet est désormais derrière lui. Sans les checkpoints et les barrages routiers, il faut 45 minutes pour se rendre à l’hôpital depuis chez lui, dans le village de Sikkah, au sud-ouest d’Hébron. Cette fois-ci, cela a duré plus de deux heures. Des colonies illégales et le mur de séparation entourent le village. « L’armée a fouillé toutes les voitures. Oussama a dit qu’il ne voulait plus retourner à Bethléem. Il déteste ce trajet, car les rues sont pleines de soldats israéliens », raconte sa mère.
L’ambiance accueillante pour les enfants à l’hôpital rassure le garçonnet. Rien n’échappe à sa curiosité. « Quand je serai grand, je veux être comme le Dr Handal ! », s’exclame Oussama en brandissant le petit marteau avec lequel le neurologue vient de tester ses réflexes. Le Dr Handal est satisfait de son patient vif comme l’éclair. « Faire passer des tests neurologiques à des enfants de cet âge n’est pas simple. On le voit bien : Oussama est très éveillé, intelligent et a une bonne capacité d’attention. »
Ce n’est pas évident, car la maladie entraîne souvent des changements de comportement. Oussama est par exemple devenu plus impulsif et hyperactif à cause de cette maladie, et plus difficile à vivre en société. « Mais nous pouvons faire face à ce genre de problèmes », assure le Dr Handal.

Une thérapie comportementale adaptée au petit garçon et un suivi pour ses parents, associés au traitement médicamenteux, contribuent à atténuer les effets de l’épilepsie. Le service social de l’hôpital joue ici un rôle important. Comme l’explique Lina Rahil, qui dirige ce service et accompagne la famille Jawaadeh depuis leur première consultation : « La famille a besoin d’un soutien émotionnel. »
Connu comme la meilleure adresse, même au-delà de Bethléem
L’épilepsie d’Oussama est passée inaperçue au début. Le jour où tout a basculé est resté gravé dans la mémoire de ses parents : « C’était l’année dernière, le 20 septembre, vers minuit. » Les convulsions ont commencé d’un coup. Tasneem et Abdallah emmènent immédiatement leur fils au centre médical le plus proche. Là-bas, on les oriente vers un hôpital à Dura. Ils attendent huit longues heures qu’on lui administre un traitement approprié. Le père comprend alors qu’il faut emmener Oussama à Bethléem. « Tout le monde ici connaît l’Hôpital de l’Enfance Bethléem et sait que c’est la meilleure adresse pour les enfants », déclare cet avocat de 34 ans.

L’équipe de l’Hôpital de l’Enfance Bethléem ne perd pas une minute. Il faut d’abord faire une IRM du cerveau d’Oussama pour exclure toute intervention chirurgicale. Comme l’hôpital pédiatrique n’est pas équipé d’un tel appareil, l’enfant est accompagné par un pédiatre dans un autre établissement pour être examiné.
A l’issue de cet examen et d’autres analyses, les choses sont claires : Oussama n’a aucune anomalie cérébrale structurelle, mais les tests ont révélé une méningite et une infection au virus d’Epstein-Barr. Le garçonnet est admis aux soins intensifs de l’Hôpital de l’Enfance Bethléem. A ce moment-là, il ne peut ni parler ni marcher. Ce n’est qu’après cinq jours de traitement à la cortisone qu’une amélioration se dessine. Oussama reste 20 jours à l’hôpital, avec sa mère à son chevet. Elle est hébergée au service pour les mères.
Pendant cette période, le père fait la navette entre sa femme et son fils à Bethléem et le reste de la famille à Sikkah. Les deux autres enfants de Tasneem et Abdallah, Julia (5 ans) et Hatem (2 ans), sont pris en charge par des proches. Une nuit, alors qu’Abdallah rentre de Bethléem, il est arrêté par des soldats. Il doit attendre pendant douze heures à côté de sa voiture, que les soldats ont réquisitionnée pour en faire un barrage routier de fortune. Les dommages causés au véhicule ne seront pas indemnisés, ni les humiliations qu’il a endurées.
Un soutien dans cette nouvelle situation
Aujourd’hui, lors de l’examen de contrôle, ce souvenir s’est déjà un peu estompé. « Je suis heureux d’avoir mon épouse à mes côtés, déclare Abdallah, Tasneem est une bénédiction. » La jeune femme rit, quelques larmes coulent sur son visage. « J’ai 24 ans, mais depuis le 20 septembre, je dis que j’en ai 42. »
Au début, Tasneem était dépassée par la situation. « Elle voulait tout faire pour Oussama et ne savait pas par où commencer », explique Lina Rahil. Ensemble, elles définissent les priorités. Petit à petit, Tasneem s’approprie son nouveau rôle. Elle se renseigne, lit beaucoup et apprend à relever ces nouveaux défis. « Parfois, Oussama me rend folle, confie-t-elle sans détour, mais je fais des progrès. »
Entre-temps, Oussama est sous traitement médicamenteux et son état est stable. Tasneem a appris les gestes importants à faire en cas d’urgence. Les médicaments quatre fois par jour font partie de la routine des Jawaadeh. La famille se rend régulièrement à Bethléem pour des contrôles. Tasneem dit que si elle le pouvait, elle mettrait fin à l’occupation. « Car ce qui me fait le plus mal, c’est que je ne peux pas simplement aller dans un centre médical si mon enfant a une crise – et que je sais qu’il pourrait en mourir », explique-t-elle. L’accès difficile aux soins médicaux pèse sur toute la famille.
Photo 1
Le contact physique aide Oussama à se calmer et à se sentir en confiance.
Photo © Andrea Krogmann
Photo 2
Par des gestes et un contact visuel, le Dr Nader Handal adapte son examen médical à l’âge de l’enfant.
Photo © Andrea Krogmann
Photo 3
Le Dr Nader Handal mène la consultation et gère Oussama avec bienveillance et fermeté.
Photo © Andrea Krogmann
Photo 4
L’accès aux soins médicaux de premier ordre prodigués par l’hôpital pédiatrique demande du temps et de la patience, et implique de longs trajets.
Photo © Meinrad Schade
Photo 5
Oussama montre son univers à Lina Rahil, assistante sociale à l’Hôpital de l’Enfance Bethléem.
Photo © Meinrad Schade
Photo 6
Loin de Bethléem, de retour à Sikkah : dans la vie quotidienne, les Jawaadeh sont généralement livrés à eux-mêmes.
Photo © Meinrad Schade
Photo 7
Même hors de Bethléem, l’Hôpital de l’Enfance Bethléem est aux côtés de Tasneem pour soigner Oussama.
Photo © Meinrad Schade
Photo 8
Pendant qu’Oussama est soigné à Bethléem, il faut s’occuper de son frère Hatem (2 ans) et de sa sœur Julia (5 ans) à la maison.
Photo © Meinrad Schade



















