Regards sur Bethléem, No 55 - Adieu après plus de 40 ans

Regards sur Bethléem, No 55 - Adieu après plus de 40 ans


Sr Lucia Corradin, Sr Erika Nobs et Sr Gemmalisa Mezzaro quitteront le Caritas Baby Hospital à la fin de l’année 2020.

Après 45 ans de présence, les soeurs de l’ordre de Sainte-Elisabeth quittent le Caritas Baby Hospital. Leur Mère supérieure les a rappelées en Italie, où l’on a besoin d’elles. La présence des religieuses au Caritas Baby Hospital soulignait son orientation chrétienne, très appréciée dans la région. De plus, par leur excellente formation, leurs connaissances et leur engagement sans faille, les soeurs ont apporté une contribution importante au développement des prestations de haute qualité dans l'hôpital. Soeur Erika Nobs (EN) a d’abord travaillé comme infirmière au Caritas Baby Hospital pendant trois ans avant de rejoindre l’ordre. Elle se remémore 20 années de travail et de vie à Bethléem dans un entretien avec Livia Leykauf (LL).

LL   Comment s’est passé votre retour au Caritas Baby Hospital après 15 ans ? 
EN  Ce jour-là, j’ai été touchée par le nombre de personnes qui se souvenaient encore de moi après tout ce temps. L’accueil chaleureux et la joie de se revoir m’ont encouragée – mais les montagnes de dossiers sur mon nouveau bureau m’ont effrayée.  

LL   Comment l’hôpital avait-il changé ? 
EN  Lors de mon premier engagement, les besoins étaient immenses : on manquait de tout et l’hôpital ne fournissait que des soins de base. Il arrivait que des parents nous amènent leurs enfants au début de l’hiver pour les récupérer bien nourris au printemps. Aujourd’hui, c’est un hôpital moderne avec des médecins spécialisés.

LL   Quelles tâches avez-vous particulièrement appréciées à l’hôpital ? 
EN  Toute mon attention allait toujours vers les enfants les plus gravement malades ou ceux auxquels personne ne rendait visite. Je les nourrissais, je les tenais dans mes bras et leur faisais sentir qu’ils n’étaient pas tout seuls.

LL   Quel est l’événement que vous aimez vous remémorer ? 
EN  Je suis encore en contact avec une mère qui m’a beaucoup impressionnée. Elle avait trois enfants atteints d’une grave maladie héréditaire. Je me souviens très bien de la plus jeune, que l’on appelait Tutu. C’était vraiment une fillette adorable. Comme ses frère et soeur, elle est morte en bas âge. J’ai un immense respect pour la façon dont les parents ont enduré cette souffrance, cette douleur.

LL   Pouvez-vous nous dire ce qui a été particulièrement difficile pendant cette période ? 
EN  Il m’était insupportable de voir que, à cause des tensions politiques, certains enfants gravement malades ne pouvaient être transférés de Bethléem à Jérusalem pour y recevoir les soins nécessaires. Les tractations avec les services israéliens duraient parfois si longtemps qu’il nous est arrivé de perdre des enfants. Encore aujourd’hui, cela me met en colère et m’attriste.

LL   Que souhaitez-vous à vos collègues et aux familles de Bethléem pour l’avenir ? 
EN  Je souhaite aux familles que la réalité en Palestine ne les accable pas, et qu’elles aient le courage de continuer à vivre en faisant des projets. Je souhaite aux membres du personnel de l’hôpital qu’ils continuent à unir leurs forces pour le bien-être des patientes et patients. Mais je voudrais aussi remercier toutes celles et ceux qui m’ont transmis un enseignement. D’une part, ne pas abandonner, rester forte et résiliente en temps de crise. D’autre part, faire confiance. Je tiens à remercier la direction de l’hôpital, le personnel, les parents et toutes les autres personnes que j’ai rencontrées au fil des ans : je leur souhaite à toutes et tous la bénédiction de Dieu.

LL   Qu’a signifié pour vous, en tant que religieuse, votre travail à Bethléem ? 
EN  Pouvoir travailler là où Jésus est né est une grâce, un cadeau spécial. Prier dans la grotte de la Nativité m’a toujours apporté beaucoup de force. J’ai pu y mettre entre les mains de Dieu de nombreux soucis concernant les enfants malades.

LL   Y a-t-il un objet que vous emporterez en Italie en souvenir de Bethléem ? 
EN  Je tiens beaucoup à une broderie de Bethléem qui me touche. J’emporterai aussi quelques petites pierres que j’ai trouvées dans un passage latéral non accessible au public derrière la grotte de la Nativité. Et toutes ces photos de lieux merveilleux où j’ai pu aller sur les traces de Jésus avec la Bible, au bord du lac de Tibériade, dans le
désert – inoubliable.

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